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Regard sur la mobilité - Françoise Rivière : Etre Réunionnais au « carnaval des autres »


Les jeunes Réunionnais qui arrivent en France continentale découvrent, certains pour la première fois, qu’ils viennent d’un monde différent. Ils prennent alors conscience qu’il leur est parfois difficile de trouver les mots exacts pour décrire LEUR monde. Certes, ils ont en commun avec leurs amis de l’Hexagone, outre les programmes de l’école française, des références littéraires, musicales, télévisuelles… mais ils n’ont évidemment pas vécu les mêmes saisons, senti les mêmes odeurs, entendu et parlé la même langue…


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Françoise Rivière

Texte extrait du site maloya.org

… S’agissant de langue, je ne fais pas seulement allusion au créole, mais également à la « langue cachée », celle que l’on parle même lorsque l’on s’exprime en français et qui garde trace de l’histoire oubliée. Ces jeunes sont dépositaires d’une histoire différente de celle des Tourangeaux ou des Bretons, différente de celle des français originaires des régions de l’hexagone, régions physiquement « emboîtées » les unes aux autres telles les pièces d’un vaste puzzle.

A l’époque du Bumidom, de nombreux Réunionnais, qui n’étaient absolument pas préparés à franchir l’horizon, ont été projetés brutalement dans l’Autre monde. Ils étaient alors totalement coupés de leurs racines et on n’a pris que trop tardivement conscience des traumatismes engendrés par cette migration-là. Aujourd’hui, « lot coté la mer » fait partie, très tôt, de l’horizon des Réunionnais. Grâce aux medias et aux technologies de l’information, ils sont de plain-pied dans la mondialisation et, comme nombre de leurs aînés mais dans des conditions bien différentes, ils partiront eux aussi, à un moment ou un autre, pour leurs études, un stage ou un emploi, en France ou ailleurs.

En arrivant en France continentale, ce jeune se trouve confronté à l’inévitable et cependant l’indicible besoin de se définir et découvre parfois, même s’il a un phénotype « blanc », qu’il est perçu encore aujourd’hui comme un « exotique », avec tout ce que ce terme comporte d’ambivalences et tout l’imaginaire qui y est associé. Il est de bon ton de se dire « créole », de se dire métis(se), de se découvrir un ancêtre engagé ou esclave. Le « métissage » est aujourd’hui « tendance » en Europe, « tendance » dans la musique, « tendance » dans la mode, sans que soit (encore) pour autant assumée, ni même vraiment connue, l’Histoire de ce métissage.

Même si ces « minorités (plus ou moins) visibles » sont aussi celles qui, en Europe, subissent encore des discriminations dans l’accès au logement et à l’emploi, les Réunionnais sont fiers de leur métissage, fiers d’être issus d’une société multiculturelle, de plus en plus souvent citée en exemple, à juste titre. Il y a vraisemblablement peu de pays où se sont retrouvés, sur un territoire aussi exigu, des individus issus de cultures aussi différentes, issus de migrations successives venues d’Europe, d’Afrique, d’Asie et des îles environnantes, au gré des caprices de l’Histoire, au gré des rapports de force entre les anciennes métropoles coloniales durant quatre siècles.

On ne doit pas pour autant oublier le fait que cet idéal (le « métissage »), construit et perçu à posteriori comme tel, repose d’abord sur des rapports initialement inégalitaires et conflictuels entre « blancs » et « non blancs » (Blanc pour moi ne fait pas forcément référence à la couleur de la peau mais à un état d’esprit, à un certain européocentrisme ; en tout cas, en ce qui nous concerne, à un tropisme « métropolitain » dans la façon d’analyser les choses et de voir le monde).

« Quand donc cesseras-tu d’être le jouet sombre

au carnaval des autres

ou dans les champs d’autrui

l’épouventail désuet »

Aimé Césaire

(Ferrements, 1960)

Il n’empêche que, dans l’ensemble, nous avons appris à vivre (relativement) sereinement avec ces différentes composantes identitaires qui, loin d’être incompatibles, font que chaque Réunionnais a une identité intrinsèquement composite, à géométrie variable, fonction de sa généalogie et des processus d’identification qu’il s’est forgés au cours de son histoire familiale et personnelle, avec un dénominateur commun à tous : être Réunionnais.

Mais disons-le tout net, la société réunionnaise n’est pas à l’abri de l’intolérance et du rejet. Il existe bel et bien un sentiment xénophobe de certains Réunionnais à l’encontre de migrants venant des Comores, ou de Madagascar. N’y a-t-il d’ailleurs pas dans cette manifestation quelque chose d’universel, comme s’il fallait toujours qu’il y ait de l’Autre, de l’Autre « infériorisé » ?

On comprend alors qu’il soit difficile de « dire son monde », d’autant qu’au delà de la question identitaire, se pose la question de la représentativité de La Réunion et des Réunionnais dans l’espace public national français, dans la littérature, la musique, les medias. Se pose donc, liée à la précédente, la question de la représentation de la Réunion dans l’imaginaire national. Force est de constater que la présence réunionnaise se fait « discrète », comparée à celle des Antillais et d’autres « communautés » du Sud. Pendant longtemps, la question de savoir si nous étions capables de produire, d’écrire un « autre du même » a sans doute expliqué le silence, comme si nous étions noyés sous le poids de l’Histoire, celui de la colonisation et de ses effets d’inhibition et sous le poids de nos origines diverses.

Il existe aujourd’hui une littérature réunionnaise, une création musicale et artistique endogène, et des expériences innovantes dans de nombreux domaines (social, environnemental….) qui méritent d’être connues mais qui, même lorsqu’elles ont passé l’épreuve de la reconnaissance par les Réunionnais eux-mêmes (elle n’est pourtant pas la plus facile), restent cantonnées, la plupart du temps, aux frontières mêmes de la Réunion.

Il nous faut interroger cette « discrétion ».

Poids de l’Histoire hier, influence de la mondialisation aujourd’hui, il semble difficile d’éviter cette propension à toujours se référer à la « goyave de France » et d’ailleurs et à se regarder à travers le prisme du regard de « l’Autre ». Et pour faire référence à Aimé Césaire, il semble encore difficile de « (cesser) d’être le jouet sombre au carnaval des autres », et d’être musiciens et danseurs à notre propre kabar.

Françoise Rivière.

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Françoise Rivière est économiste à l’Agence Française de Développement à Paris. Docteur en sciences économiques de l’université Paris I-Panthéon-Sorbonne, ses travaux ont porté sur l’économie du développement, plus précisément sur l’effet des dépenses publiques d’infrastructure et d’éducation sur la croissance économique, d’un point de vue macroéconomique et microéconomique.

Elle a publié plusieurs articles sur les économies du sud-ouest de l’océan indien et les économies ultramarines françaises. Elle s’est intéressée plus récemment aux problématiques du développement territorial et à l’évaluation des politiques publiques avec une optique pluridisciplinaire. Elle a effectué des missions pour divers organismes publics (Ministère de
l’éducation et de la recherche, ex-délégation à l’aménagement du territoire et à l’action régionale, Région Réunion...)".

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A visiter d’urgence et remerciements au site maloya.org

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